Qui n’a pas adoré se faire un tatouage Malabar en se léchant le bras quand on avait dix ans ? Certains se sont arrêtés à ce stade, d’autres ont continué. Le tatouage est un art de vivre pour certains, de l’art corporel pour d’autres. Pour certaines communautés, le tatouage a une valeur identitaire et provocante face à la société. Mais, de nos jours, un engouement plus simple et moins revendicatif, existe de façon significative, pour cette pratique venue de la nuit des temps. La beauté du signe, l’impact visuel, voilà ce qui attire. Le monde du tatouage artistique se nourrit des tendances du graphisme et inversement. Le tatouage inspire également le milieu de l’art moderne.
Connaissez-vous Rico Genest, alias Zombie boy? 

Ce performer, adepte de la modification corporelle extrême, s’est mis en scène dans un spot pour l’Oréal. Le laboratoire cosmétique voulait démontrer l’efficacité de sa gamme de produits « Dermablend professionnal ». Ces produits cachent les imperfections de la peau. Le spot qui en résulte est juste hallucinant et bluffant ! Spot visible en tête de cet article.
En terme de tatouages, il y aura toujours les dauphins bleus bien kitsch et des roses qui saignent mais sans en venir à l’extrême démarche de Zombie boy, on assiste depuis plusieurs années à de véritables œuvres dermiques. Des performers montrent fièrement leurs tatouages, expression de leur personnalité, et exécutés par des tatoueurs reconnus pour leur style graphique.







Léa Nahon ou les artistes tatoueurs de chez « Artcorpus » à Paris, pour ne citer qu’eux, ont leur propre style ; les clients pointus vont donc les voir pour des demandes précises. Des tatouages oniriques, trashs, violents, humoristiques, en noir et blanc, en couleurs…Chacun ses envies. Léa Nahon est reconnaissable grâce à ses graphismes délicats, poétiques, dignes des esquisses d’Egon Shiele. Chez « Art Corpus » les Roberto, Ludo, Benji, El Patman, Lionel, Le Serbe, nous fascinent par leur dextérité et leur univers singulier.
Roberto :
Ludo :
Benji :

El Patman: 

Lionel

Le Serbe

Dans son livre de photographies, « American Prison Tattoos », Robert Gumpert a lui illustré les tatouages des prisonniers des pénitenciers de Californie souvent issus de gangs. L’ouvrage explore les significations cachées de ces symboles distinctifs.
American prison:
Le monde du tatouage côtoie celui de l’art moderne parfois. L’artiste belge Wim Delvoye, adepte des controverses avec ses sujets non conventionnels, connu en 2000 pour sa fameuse « machine à caca », une machine qui recréait le processus de la production d’excréments, à lui fait un projet de « ferme artistique ». En 2008, après avoir élevés et tatoués des cochons à Pékin, il en a exposés 8 à la foire d’art contemporain de Shangaï dont deux tatoués avec le fameux monogramme Louis Vuitton. Après en avoir naturalisés, il en a mis en scène, en février 2010, au MAMAC de Nice. Cette exposition avait à l’époque révolté les ligues de protection des animaux mais il en faudrait plus pour impressionner l’artiste.
Wim Delvoye:
En effet, en 2008, il a tatoué le musicien Tim Steiner, un suisse de 34 ans aujourd’hui. 35 heures de travail afin de créer un tatouage illustrant une madone surmontée d’une tête de mort. Un collectionneur allemand a acheté cette œuvre pour la modique somme de 150 000 euros…Le tatoué s’est engagé à s’exposer trois fois par an et a léguer la peau de son dos à sa mort… L’idée farfelue du film « Le tatoué » de 1968, réalisé par Denys de la Patellière, dans lequel un légionnaire, joué par Jean Gabin, et qui avait un Modigliani tatoué dans le dos, refusait de vendre l’œuvre à des américains, malgré l’insistance de Louis de Funès, prend là une réalité étrange.
Tim Steiner par Wim Delvoye
Le tatouage, art qui existe depuis la nuit des temps, traverse donc les siècles prenant différentes significations selon la personne qui le porte de façon plus ou moins extrême. Mais la portée graphique et artistique ne cesse d’évoluer…

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