Interview : Julien MOYA nous présente « Créatif en free-lance, je me lance » : les 80 questions-réponses des futurs freelances

Julien Moya est directeur artistique et digital designer free-lance. Depuis 15 ans, il conseille et forme autour des questions de gestion pratique des statuts indépendants. Participant actif de plusieurs communautés de créatifs (il est notamment modérateur sur les forums de Kob-One), il a publié en 2010 l’ouvrage de référence « Profession graphiste indépendant« , suivi cet année d’un nouveau livre, « Créatif en free-lance, je me lance« .

 

 

Bonjour Julien, d’où t’es venu l’idée de réaliser le livre « Créatif en free-lance, je me lance »  ? Quelle est la différence avec ton précédent livre « Profession Graphiste Indépendant » ?

 

En 2010, à la demande de l’éditeur Eyrolles, j’ai écrit Profession Graphiste Indépendant, qui a bien marché et en est aujourd’hui à sa 4ème édition. Devant le succès de ce premier ouvrage et, probablement, l’engouement actuel très fort pour les formes de travail indépendantes, Eyrolles m’a suggéré l’écriture d’un nouveau livre, avec un focus un peu différent.

 

Là ou Profession Graphiste Indépendant s’adresse – comme son nom l’indique – spécifiquement aux designers graphiques et entre dans le détail de tous les aspects de la pratique quotidienne de ce métier en indépendant, Créatif en free-lance, je me lance est transversal à toutes les professions créatives : graphistes bien-sûr, mais aussi développeurs, photographes, illustrateurs, rédacteurs, sound designers, motion designers, game designers

 

L’autre grande différence, c’est que ce nouveau livre s’adresse plutôt aux créatifs qui sont à un stade précoce de leur projet free-lance, et qui se posent les question habituelles de celui qui hésite encore à se lancer :

  • Que veut dire être free-lance ?
  • Qu’est-ce que ça changera pour moi ?
  • Combien vais-je gagner ?
  • Qu’attendra-t-on de moi ?
  • Quel statut dois-je prendre pour débuter ?

L’idée de Créatif en free-lance, c’est d’apporter les réponses précises et concrètes à 80 de ces questions les plus communes, afin que l’apprenti indépendant prenne des décisions informées et, s’il saute le pas, se lance avec les meilleures bases.

Ce qui ne change pas par contre, c’est que toutes les infos qu’on trouve dans ces deux livres, écrits pour et par des créatifs, sont toujours issues de l’expérience pratique et répondent concrètement aux « vraies » problématiques du métier, sans aucun tabou.

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Tu es toi-même a ton compte ?

Oui, comme je le disais, je n’écrirais rien qui n’ait été vécu, testé et retesté par moi-même ou les très nombreux indépendants avec qui j’ai échangé au fil des années. Je suis free-lance depuis 2003, après une courte expérience du salariat, et très vite je me suis intéressé aux aspects les plus « pragmatiques » de cette pratique, ceux dont on parlait finalement très peu : l’administratif, l’argent, la prospection, les contrats, etc…

 

Les ressources de l’époque sur toutes ces questions étaient très limitées, alors j’ai commencé par me tourner vers des confrères plus expérimentés, puis j’ai pris l’habitude de chercher, consulter et croiser toutes les informations disponibles auprès d’experts (comptables par exemple), institutions et autres organismes officiels. Parallèlement, je me suis très vite intégré à des communautés de créatifs, dont j’ai d’ailleurs souvent été modérateur : FlashXpress, 1DCafé, puis Kob-One. Sur ces communautés, j’ai pu croiser des milliers de profils free-lances ayant chacun leurs expériences, témoignages et problématiques. Mon expertise vient donc du mélange de mon expérience personnelle, glanée au cours de plus de 800 missions free-lance, et de celles de tous ces confrères avec qui j’ai échangé.

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Contrairement à ce qu’on peut parfois lire, les créatifs indépendants ne sont pas du tout avares d’échanges et de conseils autour des questions professionnelles, y compris les plus délicates comme celles touchant à l’argent. Au contraire, en 15 ans j’ai toujours constaté une énorme soif d’échanger et d’apprendre. Il ne faut pas hésiter à tirer parti de cette ouverture pour s’informer et se tenir à jour, en fréquentant les nombreuses communautés et groupes existant aujourd’hui tant en ville que sur les réseaux. Un indépendant, parce qu’il est seul par définition, ne peut pas se payer le luxe d’être isolé.

Varion is a 3D arcade-action top-down “brawler”
Varion is a 3D arcade-action top-down “brawler”

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Quels sont tes projets actuels ?

Je continue bien évidemment les missions pour des clients très variés, en direct ou via des agences, dans la plupart des secteurs de l’économie. On m’appelle en général soit pour de la DA et de l’UI design de websites ou d’applis, soit pour des travaux d’animation vidéo ou HTML5. La « nouveauté » de ces dernières années, c’est que j’ai en partie bifurqué du secteur de la com’ et du marketing pur au monde du gaming. J’ai décidé il y a 2 ans de privilégier ce type de projets et de clients, et mes efforts ont fini par payer puisque depuis 6 mois j’ai multiplié les contrats avec des studios de jeux vidéos (intervenant en production sur des problématiques d’UI, de DA ou d’identité) ou avec des agences marketing spécialisées dans ce secteur.

 

Cette transition a eu pour moteur le travail personnel que j’ai développé autour de Varion, un jeu vidéo indépendant que j’ai créé avec deux amis (un développeur et un sound designer), et dont la sortie est programmée sur PC et Switch dans les mois qui viennent. Sur ce jeu, dont je suis co-game designer, j’ai développé l’intégralité des aspects graphiques : identité et direction artistique, UI design, modélisation 3D et animation… sans oublier l’ensemble des assets marketing nécessaire à la promotion du jeu, tels que les key arts et autres trailers.

Ce projet a été incroyablement formateur. Il m’a permis de me remettre à jour dans des domaines que j’avais abandonnés (la 3D notamment, par laquelle j’ai commencé il y a bien longtemps) et surtout d’acquérir de nombreuses compétences nouvelles, dont l’intégration Unity ou le motion design sur After Effects Je pense qu’il n’y a aucun mystère au fait que j’arrive aujourd’hui à décrocher des contrats dans le monde du jeu vidéo qui m’étaient techniquement totalement inaccessibles il y a encore un an. Ça en dit long selon moi sur l’importance des projets personnels lorsqu’on est free-lance. On l’entend souvent dire, mais c’est vrai : tous les indépendants devraient absolument réserver une partie de leur force de travail au développement de projets personnels qui seront autant d’occasion de se former, d’évoluer, de se nourrir créativement et d’ouvrir de nouvelles voies.

 

Il y a un vrai engouement des médias actuellement autour de la tendance « free-lance » qui devient limite un buzzword à la mode. De multiples sources avancent le chiffre de 50% de free-lance d’ici 10 ans… Est-ce vraiment l’eldorado ?

 

L’engouement est réel, l’Eldorado beaucoup moins ! Sans vouloir être trop politique, le rush actuel des travailleurs vers les statuts indépendants n’est qu’une expression de l’idéal néo-libéral, couplé à une défiance sévère (et justifiée) des nouvelles générations envers le monde du travail « à papa ». En d’autres termes, la sphère économique libérale a tout intérêt à encourager cette vision ultra-individualiste du travail chez les plus jeunes, car elle va de pair avec un recul général du droit du salarié, dont on constate concrètement l’effritement à chaque annonce gouvernementale.

 

Ce discours peut sembler surprenant de la part de quelqu’un qui est indépendant depuis 15 ans et écrit des livres pour se lancer en free-lance, j’en ai conscience ! Mais voici les choses telles que je les vois : Je n’ai évidemment rien, par principe, contre le travail indépendant, et je suis certain que c’est une forme d’activité qui convient parfaitement à certains travailleurs, dont je fais partie. Mais je ne considère pas pour autant – très loin de là – que le free-lance doive être aujourd’hui ou dans un futur proche considéré comme la forme de travail par défaut. Je suis au contraire extrêmement attaché au statut de salarié et au droit du travail qui l’accompagne, car je sais que l’indépendance, ce n’est tout simplement pas pour tout le monde.

 

Il n’y a rien de péjoratif là-dedans : être free-lance, ce n’est pas « mieux » qu’être salarié, ce n’est pas un « niveau » plus élevé. Je pense au contraire qu’il y a des gens qui sont incapables d’être salariés, de la même façon que d’autres sont incapables d’être free-lance, par caractère, par objectifs et priorités, par projet de vie. Que ce soit en asséchant le marché des CDI ou en rendant la pratique free-lance un peu plus sexy qu’elle ne l’est réellement par artifices marketing, imposer le statut indépendant à cette partie des travailleurs serait une catastrophe, dont on devine d’ailleurs déjà les effets dans certains secteurs où le salariat déguisé est devenu un usage courant.

 

C’est pourquoi, quand on me parle de 50% de free-lance dans 10 ans, j’en frémis plus qu’autre chose. Pour être franc je n’y crois pas une seule seconde. On est effectivement là dans le buzzword et la phrase choc. Mais il reste malgré tout une tendance profonde du monde du travail au glissement vers l’indépendance, et si j’écris des livres sur ce sujet, c’est justement pour aider à ce que ceux qui s’y joignent le fassent pour les bonnes raisons et dans les bonnes conditions. En un mot comme en cent, le statut de free-lance doit être choisi, jamais subi.

 

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Quel conseil numéro 1 donnerais-tu a un jeune freelance aujourd’hui qui va donc avoir beaucoup plus de concurrence que ce que l’on a pu avoir ces dix dernières années ?

 

Difficile de sortir un seul conseil parmi la foule de recommandations qu’on pourrait donner à un free-lance débutant. Malgré tout, je pense que si je ne devais en retenir un, ce serait celui de s’intéresser à la notion cruciale de positionnement.

 

Travailler son positionnement, c’est d’abord identifier le ou les marché(s) (il y en a souvent beaucoup, dont certains ne viennent pas immédiatement à l’esprit) où l’on pourrait faire valoir ses compétences. C’est ensuite réfléchir à la façon dont on va s’introduire et se présenter sur ce marché, via tous les outils disponibles actuellement, avec toujours en tête cette question de base : pourquoi cette clientèle choisirait de me faire travailler moi plutôt qu’un des nombreux autres ? C’est évidemment une façon très sommaire de présenter cette notion, car le positionnement s’exprime et se réalise de mille façons différentes, à travers le choix de clients qu’on va prospecter, l’appellation qu’on se donne, la façon dont on va s’y prendre, les prix qu’on va pratiquer, le niveau de qualité qu’on va produire, etc. Et pourtant, cette notion centrale n’est à peu près jamais abordée dans les cursus créatifs actuels, qui pour la plupart se chargent de donner aux étudiants un bon bagage technique et culturel, mais n’expliquent absolument pas comment gagner sa vie avec tout ça, que ce soit en salarié ou en free-lance.

 

Dans l’ensemble, les créatifs indépendants français ont énormément de lacunes dans tout ce qui concerne la façon dont on transforme des compétences brutes en une activité rentable. Des notions-clés telles que le positionnement font partie des plus importantes de ces lacunes, et j’encourage donc vivement tout ceux qui envisagent le travail indépendant à s’y intéresser dès que possible.

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Quels sont pour toi les principaux avantages à se mettre en free-lance, et les pires stress de ce statut ? Et pour le salariat, quels sont les avantages et inconvénients ?

 

En cohérence avec ce que j’expliquais à l’instant, je ne fais pas reposer la comparaison salarié/free-lance sur des notions de bons et mauvais points dans l’absolu, car tout est en fait question du profil psychologique de chacun. Pour certains, la précarité induite par le statut indépendant sera source d’une angoisse ingérable, alors que d’autres y verront avant tout une précieuse liberté. De la même manière, le cadre d’un emploi salarié sera une assurance réconfortante pour l’un, un carcan insupportable pour l’autre. Ce qui compte n’est donc pas de chercher à savoir ce qu’il y a de pire ou de meilleur dans chacune de ces deux formes de travail, mais de déterminer ce que vous, vous voulez – quels sont vos objectifs personnels ou professionnels, quels sont vos priorités et vos envies – et de comparer les statuts en fonction de ces critères.

 

Maintenant que tout ça est dit, en ce qui me concerne, j’ai bien-sûr bifurqué très vite vers le free-lance pour des raisons claires, qui sont probablement partagées par de nombreux confrères ayant fait ce choix : la liberté de travailler non pas moins (c’est souvent le contraire !) mais selon le rythme que je choisi ; la variété des clients et des projets ; le luxe de pouvoir choisir ses missions quand on peut se le permettre ; les facilités offertes au niveau de la vie de famille… Le principal revers à ces libertés, c’est évidemment la relative précarité financière du statut indépendant, causée surtout par l’impossibilité de prévoir ses revenus à long terme. Cette imprévisibilité peut bien-sûr être atténuée par une saine gestion de sa trésorerie et de son épargne, mais pour ça aussi il faut des compétences…

 

 

Au lieu d’opposer les salariés et les freelances, si on les fusionnait  ?
Quel serait pour toi l’offre/statut idéal de demain à inventer pour avoir le meilleur des deux mondes ?

 

Je ne sais pas si un tel statut est possible, et si ça l’est, je ne le connais pas. En tout cas pas dans le cadre du monde du travail tel qu’il existe aujourd’hui (et sur lequel il y aurait évidemment beaucoup à dire). Pas mal de débats aujourd’hui se concentrent sur la question du chômage des indépendants, mais c’est  – en tout cas présenté de cette façon – une stupidité par essence. On a d’ailleurs vu que les annonces de campagne de l’actuel président sur ce sujet ont accouché d’une souris, et pour cause ! Qui dit chômage dit terme involontaire de l’emploi. Qui dit terme involontaire de l’emploi dit supérieur hiérarchique qui en décide. Qui dit supérieur dit subordination, or un indépendant n’est, légalement, subordonné à personne (c’est même le caractère principal de ce statut).

 

J’ai lu par contre des billets et des essais intéressants sur ce sujet qui n’évoquaient pas le chômage des indépendants sur des critères de fin d’activité, mais plutôt comme une sorte d’assurance entrant en jeu lors d’événements d’ampleur nationale, tels qu’une crise économique par exemple. C’est peut-être une piste.

 

D’ici là et pour élargir le sujet, ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’un free-lance a, par décision, choisi de s’exclure de tous les systèmes qui aujourd’hui protègent et favorisent les salariés : assurance-chômage, congés payés, retraite (plus ou moins) garantie, couverture santé complète, etc. Sur tous ces points, le free-lance doit aujourd’hui apprendre à se débrouiller lui-même, via sa trésorerie, son épargne, ses plans d’assurance privés. Je sais qu’il existe aujourd’hui des entreprises qui s’attaquent à ce « problème » en proposant des packages d’offres (mutuelle, épargne retraite, comité d’entreprise,…) adaptés aux indépendants et négociés directement pour eux. C’est encore assez nouveau donc difficile d’en tirer des conclusion, mais je trouve en tout cas la démarche intéressante et doté d’un bon potentiel.

 

Un autre sujet pour lequel on pourrait faire beaucoup de progrès au profit des indépendants, c’est le recouvrement des créances. En France, les retards de paiement sont un véritable fléau pour toutes les entreprises, surtout les plus petites (une bonne partie des faillites constatées en découleraient d’ailleurs directement), et les indépendants sont évidemment largement victimes de ce phénomène. À titre personnel, je considère que c’est de loin le problème le plus pénible de mon activité. Avoir du mal à payer une échéance et encourir des pénalités alors qu’on sait qu’on a plusieurs milliers d’euros qui auraient déjà dus nous êtes versés depuis 30 jours, c’est rageant. Et comme, malheureusement, les clients publics sont loin de montrer le meilleur exemple en la matière, j’imagine que si demain un prestataire privé quelconque proposait de bonnes offres d’affacturage adaptées aux indépendants (service dans lequel une entreprise vous règle immédiatement vos factures puis se charge d’en récupérer la somme auprès du débiteur), ça pourrait avoir du succès ! En attendant, la meilleure protection contre ce genre de mésaventure reste encore le devis signé accompagné de CGV solides.

Merci à Julien d’être venu nous présenter son nouveau livre.
Vous pouvez le suivre sur son site personnel ou sur twitter

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